vendredi 20 février 2015

Voyez quel grand amour



1 Jn 3, 1-3


Le texte (traduction : Traduction Œcuménique de la Bible) :
« 1 Voyez de quel grand amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu; et nous le sommes! Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître: il n'a pas découvert Dieu.
 2 Mes bien-aimés, dès à présent nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n'a pas encore été manifesté. Nous savons que, lorsqu'il paraîtra, nous lui serons semblables, puisque nous le verrons tel qu'il est.
 3 Et quiconque fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui est pur »

Prière (suggérée par Enzo Bianchi) :
« Notre Dieu, Père de la Lumière, tu as envoyé dans le monde ton Fils, Parole faite chair, pour te manifester à nous, les hommes.
Envoie maintenant sur moi ton Esprit Saint, afin que je puisse rencontrer Jésus-Christ dans cette Parole qui vient de toi ; afin que je la connaisse plus profondément et que, en la connaissant, je l’aime plus intensément pour parvenir ainsi à la béatitude du Royaume. Amen »

Lecture verset par verset :
Si nous sommes un peu familiers de la littérature johannique (le 4e évangile, les 3 épîtres et l’Apocalypse), nous connaissons ce procédé littéraire de cercles concentriques : des mots qui se répètent et font progresser la pensée de Jean au fil des versets et des chapitres[1].
Le début du chapitre 3 en est une belle illustration : l’expression « lorsqu’il paraîtra » est attestée à la fin du chapitre 2 (v. 28) et au début du suivant (v. 2). Nous y reviendrons ci-dessous.

(v. 1) « Voyez de quel grand amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu… »
Ces premiers mots traduisent l’émerveillement de Jean face à l’amour de Dieu. Cela fait écho au 4e évangile, où Jean déclarait : « Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle » (3, 16). Cette contemplation de l’amour de Dieu est fondamentale dans l’expérience de Jean. De cette conviction découlent deux facettes de la Révélation. D’une part, l’affirmation de l’Incarnation : Dieu s’est fait homme en Jésus-Christ. De l’autre, ses conséquences pour l’être humain : tel est le propos du début de notre chapitre 3.

« … que nous soyons appelés enfants de Dieu; et nous le sommes ! »
De ce Dieu nommé « Père », nous sommes « enfants ». Une filiation qui résulte de la relation qui unit Dieu et Jésus. Maintes fois dans l’Evangile, Jésus situe Dieu comme son « Père, Celui qui l’a envoyé »[2].
Cette relation singulière fut essentielle pour Jésus : se savoir aimé du Père[3] a façonné sa vie, l’a enracinée, lui a offert fécondité et déploiement. Cette relation, Dieu nous en fait cadeau.
L’insistance de Jean « et nous le sommes » nous convie à la même conscience, à la même expérience. Cet amour du Père nous est aussi destiné…

« Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître: il n'a pas découvert Dieu »
A cette circulation d’amour entre le Père, le Fils et nous, Jean oppose « le monde ». Mais il faut bien comprendre de quel monde il s’agit. Le 4e évangile emploie le terme dans plusieurs sens. Citons un verset qui juxtapose deux sens différents. Jean y déclare : « Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l'a pas reconnu ». Les deux premiers emplois situent le Verbe, Jésus-Christ, par rapport au monde : le monde est objet de l’amour de Dieu et, ici, de sa création (« le monde fut par lui »). Mais une autre acception apparaît ensuite : « le monde ne l’a pas reconnu ». Ce deuxième sens est celui de notre verset de la 1e épître : si le monde est par lui-même bon et objet de l’amour de Dieu, il doit se situer par rapport à son créateur et à l’Envoyé de Dieu, Jésus-Christ. Le monde, comme tout homme, est libre et est invité à poser librement un acte de foi. Ainsi, le monde représente ceux qui refusent Dieu, ceux qui se ferment à la révélation. Mais il faut se garder de croire que certains sont prédestinés à croire tandis que d’autres non. La liberté de l’homme, la liberté de chacun reste entière[4].
Ce verset laisse transparaître les circonstances rédactionnelles de la 1e épître : la communauté chrétienne est certes au cœur du monde mais elle ne souscrit pas aux options du monde, à son refus de Dieu, à son non-accueil.
La foi entretient d’ailleurs un lien étroit avec la filiation. Comme on peut le lire dans le prologue du 4e évangile : « Mais à ceux qui l'ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12).

(v. 2) « Mes bien-aimés, dès à présent nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n'a pas encore été manifesté… »
Tandis que le premier verset était conjugué au présent, ce deuxième pointe le doigt vers le futur.
D’un côté, l’affirmation de la filiation de Dieu au présent (« nous sommes enfants de Dieu »). De l’autre, une identité « pas encore manifestée ».

« … Nous savons que, lorsqu'il paraîtra, nous lui serons semblables, puisque nous le verrons tel qu'il est »
Cet avenir est lié à la manifestation de Dieu (« lorsqu'il paraîtra »). Tout en n’étant pas situable sur une ligne du temps, ce temps-là s’identifiera à la vision de Dieu : « nous lui serons semblables, puisque nous le verrons tel qu'il est ». Par la contemplation de Dieu, advient une parenté, une similitude : « nous lui serons semblables ».
Cela est vrai au futur, comme le dit Jean, mais c’est déjà effectif ici-bas, lorsque nous nous arrêtons, que nous Le considérons, que nous L’envisageons… Dieu nous révèle ce qu’Il est et Il nous transforme. Tel est son rêve : nous rendre semblables à Lui…
Nous pouvons nous poser la question : le voulons-nous assez ?

(v. 3) « Et quiconque fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui est pur »
Il ne s’agit pas d’une pureté rituelle, comme celle des coupes et des plats (Mc 7), mais une pureté qui permet la rencontre avec Dieu. Elle a à voir avec le regard[5], la lumière : elle place résolument du côté de Dieu. Cette pureté ne s’obtient pas par la force des poignets, mais elle se reçoit, elle se demande à Celui qui seul peut nous l’accorder…
La perspective peut alors s’ouvrir à l’infini. Elle ne se tourne pas vers le passé, si lourd ou éprouvé soit-il, mais elle oriente vers l’avant, elle est une espérance. Elle nous fait désirer l’inespéré : la vision de Dieu[6]

Prière :
Père, tu n’es que don. Tu as envoyé ton Fils et tu fais de nous tes Enfants. Nous te rendons grâces. Accorde-nous de nous laisser habiter par cet Amour dans nos profondeurs, pour qu’il rayonne autour de nous et transfigure notre monde.
Amen

par sr Marie-Jean


[1] Sur le ton de l’humour, j’ajouterai que je ne pense effectivement pas que mon saint patron radote…
[2] Parmi d’autres, Jésus déclare dans sa prière du chapitre 17 « que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu'ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m'as envoyé » (v. 21).
[3] « Le Père aime le Fils et il a tout remis en sa main » (Jn 3, 35) ; « C'est que le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait… » (5, 20) ; « … le monde saura que j'aime mon Père et que j'agis conformément à ce que le Père m'a prescrit » (14, 31).
[4] Les signes de Jésus sont autant d’invitations à la foi. Cfr 10, 42 « Et là, ils furent nombreux à croire en lui ».
[5] « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu » (Mt 5, 8).
[6] Dans le Premier Testament, Moïse demandait à Dieu : « Laisse-moi voir ta Gloire » (Ex 33, 18).

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